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Interview de l’Association haut-marnaise des écrivains

Publié le 01 novembre 2012 par Rédaction

« On évalue actuellement le nombre d’écrivain-e-s sans contrat d’édition avec un éditeur traditionnel à 5 ou 10 millions »

  • Chère Association haut-marnaise des écrivains (AHME), comment vous définiriez-vous ?

Notre but est de fédérer les écrivains de tous horizons, d’encourager la création et d’aider dans la mesure de nos possibilités à la connaissance des oeuvres de ses membres (site internet, organisations de salons, invitations à des fêtes diverses qui permettent de dédicacer les livres et de rencontrer le public).

  • Vous existez depuis 1982, quelles évolutions notables analysez-vous dans l’écriture et le livre depuis cette date ?

Je ne puis dire quoi que ce soit de clair au niveau de l’écriture car nous rassemblons des auteur-e-s de tous styles et de tous genres : romanciers, poètes, essayistes, historien-ne-s locaux, fantastiques, réalistes, surréalistes… Nous ne nous caractérisons pas par une forme d’écriture particulière et commune : rien à voir avec les groupes littéraires qui gravitaient autour d’un auteur célèbre comme Zola aux « Soirées de Médan » ou André Breton pour le Surréalisme ou encore Hugo et Vigny pour le théâtre romantique. Chaque membre a la liberté de ses idées comme de son type d’écriture.

L’évolution, néanmoins, est notoire au niveau des écrivain-e-s : les membres de notre association viennent d’un univers géographiques qui s’est élargi au fil du temps. Un tiers de nos adhérent-e-s n’habitent pas le département où l’AHME a son siège social : nous répondons à un besoin nouveau.

En outre, à propos des livres, il faut reconnaître qu’internet a fait évoluer matériellement les choses. J’ai longtemps pensé qu’il y aurait une révolution du livre numérique comme il y en a eu une dans la chanson. Reconnaissons que ce n’est pas le cas et que l’évolution s’est plutôt opérée du côté de l’impression (je dis bien « impression » même si beaucoup d’imprimeurs en ligne se présentent comme « éditeurs »). Il est désormais très facile de faire une impression numérique d’un ouvrage que l’on souhaite rendre public, par le biais de sites qui s’affirment « éditeurs ». Mais ils ne s’occupent pas de diffusion et demandent souvent une contre partie financière pour réaliser la maquette ou corriger la manuscrit. Ils proposent, certes, une présentation sur un site où le livre peut-être vendu : mais parmi plusieurs milliers d’ouvrages, le petit nouveau est peu repérable sauf pour les amis de son auteur.

Cette solution, un peu batarde, a cependant permis à nombre d’écrivains débutants de matérialiser un projet littéraire. C’est alors qu’intervient une association comme l’AHME : réunir les auteurs pour faire circuler entre eux des informations et éviter les arnaques trop nombreuses en matière de pseudo édition, faire ou participer à des manifestations qui permettent aux nouveaux écrivains d’être pris au sérieux, étape indispensable à une édition traditionnelle à compte d’éditeur.

Notons aussi que la plupart des écrivain-e-s ont désormais leur blog personnel qui vante et présente leur oeuvre et qui sert d’intermédiaire entre eux et leurs lecteurs. Mais là encore, il y en a tant qu’il n’est pas facile d’être connu ainsi. L’exemple des réseaux sociaux est intéressant : on peut avoir dix mille clics d’amis et ne vendre qu’un livre par an par ce biais. C’est pourquoi il faut se rapprocher d’une structure plus importante qui, elle-même, pourra se rapprocher d’autres et organiser des rencontres plus importantes et plus visibles.

  • Pensez-vous toujours utile aujourd’hui de créer des associations d’écrivain-e-s ?

Je pense avoir répondu ci-dessus. C’est non seulement utile, mais indispensable si on ne veut pas être noyé dans la masse. Bien sûr, on peut écrire tout seul sur son blog et même y avoir des lecteurs réguliers ; mais à la longue cela devient frustrant (les exemples d’auteur-e-s qui ont trouvé un éditeur, voire fait fortune ainsi, existent mais comme il existe des gagnants à l’euromillion). Il est beaucoup plus confortable et valorisant d’avoir un éditeur (à compte d’éditeur, le seul qui soit vraiment sérieux) qui s’occupe de la création, correction, promotion et diffusion de nos oeuvres sans que nous ayions à engager le moindre centime. C’est le but que tout auteur-e- débutant cherche à atteindre.

On évalue actuellement le nombre d’écrivain-e-s sans contrat d’édition avec un éditeur traditionnel à 5 ou 10 millions, rien qu’en France métropolitaine (la différence entre ces deux chiffres vient de la définition que l’on donne à « écrivain-e » : quelqu’un qui écrit un feuillet de souvenirs pour ses petits enfants ou celui qui a déjà tenté l’aventure de l’édition sous quelque forme que ce soit). Le nombre fait toujours la force ; par exemple, pour obtenir des subventions ou des partenariats privés pour organiser des manifestations où l’on pourra présenter et vendre ses oeuvres ce qui souvent nécessaire pour en éditer une autre.

De plus, les écrivain-e-s débutants en rencontrent des confirmés ce qui les encourage, leur donne des idées, les valorise auprès du public. Lorsque l’un d’entre nous est primé ou remarqué, son aura éclaire toute l’association et en conséquence, est un argument pour les autres à se mettre en valeur. Le poète maudit ou l’écrivain-e isolé dans sa tour d’ivoire sont révolus. Aujourd’hui si on écrit pour être lu, il faut être reconnu et pris au sérieux par les lecteurs : c’est plus facile à plusieurs que seul.

  •  Si vous deviez faire une dédicace aujourd’hui, pour qui serait-elle ?

Sans hésiter, pour mes filles ! Mais j’ai aussi envie d’envoyer un gros gros mot amical et chanceux à Thierry Beinstingel, membre de l’AHME que le succès n’a pas éloigné de notre association : pour la deuxième fois, il est sélectionné pour le Fémina, le prix Goncourt et le Goncourt des lycéens. Le Fémina, c’est fini pour lui mais il reste encore dans les 8 finalistes du Goncourt et nous saurons début novembre s’il poursuit l’aventure de ce côté : « Vas-y Thierry, tiens bon ! On est tous avec toi, ramène nous ce Goncourt né en Haute-Marne et qui en est parti depuis 1929, date à laquelle un autre membre de notre association l’avait obtenu, Marcel Arland pour L’Ordre ! « 

(Nota bene : bien sûr en 1929 l’AHME n’existait pas encore mais avant de mourir, Marcel Arland y a adhéré dès sa création)

Annie Massy est la Présidente
de l’Association haut-marnaise des Ecrivains.

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