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Portrait de l’Association des Librairies Jeunesse, avec Laurence Tutellot

Publié le 12 février 2013 par Rédaction

« C’est au détriment de la sauvegarde d’un réseau de librairies denses et qualifiées que s’organise cette nouvelle manière de procéder »

  • Cher ALSJ, comment vous définiriez-vous ?

Comme une association de librairies spécialisées jeunesse qui existe depuis 1981 et regroupe aujourd’hui 54 librairies indépendantes.
Une association qui dispose donc d’un savoir-faire qui se renouvelle et s’enrichie des expériences de chacun en matière de lectures, animations, connaissances des professionnels et médiateurs du livre et de l’enfance très régulièrement.
Une association qui grandit sereinement et conserve une vision toute particulière sur la lecture, connaissant son importance dans la construction et le développement de l’être humain.
Une association qui fait preuve de dynamisme en s’investissant au cœur de nombreux événements, tout au long de l’année.
Une association qui s’exprime via son site internet www.librairies-sorcieres.fr tout en proposant un espace d’échanges via son blog.
Une association qui s’exprime aussi en publiant depuis plus de 20 ans sa revue Citrouille qui propose un tour d’horizon des littératures jeunesse et de sa création.
Une association qui offre des sélections pertinentes et invite les personnes à découvrir des livres aux qualités incontestables au sein même de ses librairies mais aussi à l’extérieur, en travaillant avec des salons du livre et de l’enfance, des écoles, des collèges et lycées, des bibliothèques, des médiathèques, divers lieux d’échanges et de rencontres dans nos villes et nos régions.
Une association qui participe à la vie culturelle dans le respect et la connaissance de l’enfant.

  • Vous existez depuis 1981, quelles évolutions notables analysez-vous dans la littérature jeunesse depuis cette date ?

Le développement très important du nombre des éditeurs jeunesse et leur regroupement croissant au sein de grands groupes d’édition.
La part grandissante de la distribution dans notre quotidien de libraire et notre relation au livre.
Le fait que de nombreux achats de livres s’effectuent aujourd’hui via internet.
Et il ne faut pas oublier les soucis importants rencontrés par les petites librairies indépendantes quant aux marchés publics. Beaucoup d’entre eux échappent aux libraires locaux au profit de grossistes et ou « grosses » librairies qui ne font pourtant pas vivre le tissu local ou régional en recrutant, par exemple, des gens habitant la ville ou la région concernée.

La librairie demeure pourtant un lieu d’accueil et de conseils mais parce que de fausses indications sont données au niveau des délais de livraison – alors que tout le monde est logé à même enseigne – des marchés sont remportés par des marchands sans scrupules qui font croire qu’ils bénéficient d’atouts qu’ils n’ont pas.
C’est au détriment de la sauvegarde d’un réseau de librairies denses et qualifiées que s’organise cette nouvelle manière de procéder.

Les marchés publics qui servent à enrichir de nouveautés de qualité les bibliothèques et médiathèques de nos villes et région ne jouent pas alors leur rôle de vecteur de vie sociale et économique en attribuant le marché(s) public(s) à un « gros » libraire qui n’est pas impliqué dans la vie culturelle locale en proposant des rencontres, des animations dans le lieu même de sa librairie. Il obtient le marché en raison de réponses souvent mensongères qui ont été données afin de remporter le marché à tout prix.

Et paradoxalement, le libraire local dont la compétence est pourtant si souvent reconnue, se trouve au final privé de son travail sur son lieu de vie…
Qu’en est-il aussi de cette prise de conscience « écologique » qui devait limiter les transports et favoriser le libraire local afin de préserver notre planète ? Elle n’existe plus… semble-t-il !

  • Se fédérer en association est-il toujours utile aujourd’hui pour promouvoir la lecture ?

Cela reste un moyen et… une force indéniable que de disposer de multiples compétences et de pouvoir partager des points de vue variés. C’est incontestablement utile et enrichissant. Pour favoriser l’accessibilité aux livres, le plaisir de lire et pour que chaque enfant se construise en toute liberté, en toute curiosité.

Lire, découvrir, partager fait partie de notre quotidien de libraire. Tout en restant aussi des chefs d’entreprise qui « gèrent » les hommes et femmes qui travaillent avec nous et s’offrent des temps de réflexion pour préparer l’avenir au mieux. En tant que professionnel du livre et… citoyen.

30 ans plus tard, notre signature, « Avec nous, la lecture, c’est pas sorcier ! », reste de circonstance…

  • Si vous deviez faire une dédicace aujourd’hui, pour qui serait-elle ?

Pour Jérôme Lindon et Jack Lang qui sont à l’initiative de la création de la loi sur le Prix unique du livre qui permet de défendre la création éditoriale tout en préservant un réseau de librairies indépendantes et qualifiées dont l’ALSJ est un des acteurs reconnus.
Pour le prochain adhérent qui rejoindra l’association et assurera la pérennité de notre métier de libraire spécialisé jeunesse et… d’une certaine philosophie de vie.

Laurence Tutellot est la présidente de l’ALSJ,
l’Association des Librairies Spécialisées Jeunesse

 

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