Catégorie | A la une, Institutions

Portrait de IF Verso, avec Stephan-Eloïse Gras

Publié le 02 avril 2013 par Rédaction

« La traduction est un vecteur majeur
d’influence culturelle dans le monde »

  • Cher « IF Verso », comment vous définiriez-vous ?

IFVerso est une plateforme dédiée à la littérature française et à ses traductions, c’est la première plateforme multilingue pour le livre français à l’étranger. Elle n’a pas d’équivalent dans le monde : elle référence plus de 70.000 livres, dont elle indique les traductions disponibles.

Objet inconnuMais surtout, IFVerso c’est un réseau social collaboratif, une sorte de « wiki », qui permet d’alimenter, mettre à jour la base de données et de partager des informations sur le monde de la traduction, moyennant une validation par nos modérateurs du réseau culturel français à l’étranger. Enfin, IFVerso, c’est un webmagazine sur les enjeux contemporains de la traduction, animé par des spécialistes et des traducteurs. Nous travaillons avec la Société Européenne des Auteurs, qui est un think tank sur la traduction, afin d’éclairer au mieux les questions mondiales de la traduction..

  • Pourquoi avoir créé une plateforme telle que la vôtre ?

La traduction est un vecteur majeur d’influence culturelle dans le monde. En France, chaque année, cela représente environ 10.000 livres dont les droits sont cédés pour l’étranger. Les réseaux de traduction sont assez étendus et éclatés, et représentent une part non-négligeable des échanges intellectuels.
En 2005, le Ministère des Affaires Etrangères avait lancé un plan (« Plan traduire ») afin de constituer un ensemble de données fiables concernant la traduction dans les 5 grands ensembles géolinguistiques : anglais, arabe, chinois, espagnol, russe. Cela a abouti à la mise en ligne de bases de données 1.0, statiques, avec les contraintes que cela signifie : lourdeur des mises à jours et de l’actualisation des données.

Puis le web 2.0 a fait sa révolution, et l’Institut français s’est lancé dans l’aventure IFVerso en 2011… Nous avons consulté de nombreux partenaires (éditeurs, BnF, Unesco etc) afin de concevoir un outil le plus en adéquation possible avec les besoins d’une personne qui veut acquérir des droits sur un livre, chercher un traducteur qui aurait déjà traduit un livre similaire, accéder à des informations sur une opération liée à un auteur français à l’étranger, s’informer sur les programmes de traductions, publier un livre traduit etc. Le site a vu le jour en mars 2012 et nous nous apprêtons à lancer une v2.

  • If Verso est jeune, mais l’Institut Français est plus agé, quelles évolutions notables analysez-vous dans le monde du livre traduit ?

Depuis sa création, l’Institut français apporte à la traduction du français (extraduction), un soutien fort à deux niveaux : en accompagnant la publication d’ouvrages traduits du français et en participant au renouvellement des générations de traducteurs.
Par exemple, depuis 2010 « La fabrique des traducteurs », mise en oeuvre par le Collège international des traducteurs littéraires à Arles, permet à de jeunes traducteurs étrangers et français de travailler en tandem et de se former au contact de traducteurs plus expérimentés. Ce programme contribue au développement des nouvelles générations de traducteurs professionnels et favorise le repérage ou l’émergence de structures qui apportent un soutien au travail des traducteurs.
De plus, le réseau culturel à l’étranger coordonne également des formations locales de traducteurs auxquelles l’Institut français apporte son soutien : à Pékin, à Mexico, au Caire…
Enfin, les Programmes d’aide à la publication (PAP), existent depuis 1990 et permettent aux éditeurs étrangers désireux d’ouvrir leur catalogue à des textes d’auteurs francophones, via la traduction. Les PAP ont contribué à la traduction et à la publication de près de 20 000 titres d’auteurs français et francophones dans 80 pays. Il est intéressant de noter que les aides accordées concernent pour une très large part des titres de littératures et de SHS. Mais depuis deux ans, on note un accroissement des demandes pour des titres jeunesse, la BD et les romans graphiques. Cela témoigne d’évolutions intéressantes pour le livre traduit : la bande dessinée représente pour l’ensemble du marché désormais plus de 30 % des contrats signés…

Globalement, le marché de la traduction est en augmentation constante. L’allemand est devenue la première langue de traduction du français devant l’espagnol, qui reste une langue d’échange de premier plan. L’italien se place désormais à la troisième place. En Asie, le nombre de titres traduits vers le chinois a légèrement augmenté. Il reste important pour le coréen mais est en baisse pour le japonais. Le nombre de cessions vers la langue anglaise a également augmenté mais le nombre de titres cédés reste relativement faible par rapport aux trois premières langues de cessions.

On peut souligner la progression du nombre de cessions incluant les droits numériques en un an qui est de l’ordre du simple au double. Et cela devrait continuer d’augmenter…

  • Si vous deviez faire une dédicace aujourd’hui, pour qui serait-elle ?

Walter Benjamin, pour avoir traduit Proust et Baudelaire, écrit « La tâche du traducteur » et présupposé l’avènement du flâneur numérique contemporain ! Lisez d’ailleurs l’entretien avec Gabriel Catren sur IFVerso.

Stéphan-Eloïse Gras est en charge du Numérique
au sein du 
Département Livre et Promotion des savoirs de l’Institut Français, et dIf Verso

Publier un commentaire