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Interview de Dominique Panchèvre, Agence régionale du livre et de la lecture de Haute-Normandie

Publié le 19 juillet 2013 par Rédaction

« Un changement de paradigme dans la façon de créer, de diffuser et d’utiliser les contenus »

  • Quel regard portez-vous sur l’écrit aujourd’hui ?

Un regard de « curieux » (dans l’acception de Jean-Claude Carrière qui dit « vivre par curiosité »). Malgré la production pléthorique et pas toujours motivée par la qualité des contenus et/ou par une volonté affirmée « d’élever les consciences », la diversité est un terrain extrêmement nourrissant pour le développement de la pensée, de la culture et de l’éducation (dans son sens civique).

L’arrivée des technologies numériques, la dissémination de la pensée par les blogs, par les réseaux sociaux, annonce un changement de paradigme dans la façon de créer, de diffuser et d’utiliser les contenus. Ce changement est en cours, créant une fracture temporaire (sur une génération, deux ?) entre ceux qui se l’approprient en complément du système actuel (classes aisées, adolescents, par exemple) et ceux qui s’arc-boutent sur le modèle qu’ils refusent de voir évoluer (passéistes, populations sans culture numérique, professionnels qui refusent de réfléchir à de nouveaux modèles économiques, par exemple).
Je porte donc un regard très optimiste au vu des inflexions qui s’amorcent, cela oblige le conservatisme (celui du mode de transmission, l’économique, également) à s’interroger sur des modèles qui furent à une époque – révolue – confortables. Et réfléchir est toujours une bonne chose. Ce regard pourrait être teinté d’un peu de pessimisme (professionnel) lorsqu’il s’agit expliquer à certains professionnels rétifs ce changement de paradigme et la non opposition entre le papier et le numérique… Il faudra du temps, mais cela ira plus vite que le passage du manuscrit à l’imprimé.

  • Quel est le rôle d’un CRL (Centre Régional du Livre) dans la défense du livre ?

Nous ne défendons pas le livre, mais plutôt les supports qui véhiculent la pensée, la connaissance et tout autre forme d’expression non réprimée par la loi. Cela dit, le livre tel qu’il est défini depuis plusieurs siècles, ouvrage clos, généralement fait de papier et d’encre, reste le principal mode de diffusion des contenus à l’heure actuelle.

Le rôle d’une structure régionale pour le livre (SRL), est complexe. De par sa structure juridique, déjà, puisqu’elle est organisée en association, à l’exception de deux structures en France : Livre et lecture en Bretagne et Ciclic (région Centre, marié au cinéma), qui sont des EPCC. Association qui est largement financée sur fonds publics (97% par l’État/Région, majoritairement, un peu les Départements) et qui est constituée par les professionnels (du livre) volontaires, adhérents et censés représenter l’ensemble de l’écosystème (du livre) régional.

Il faut donc déjà s’entendre entre des financeurs publics et des membres d’un conseil d’administration (qui conçoivent un projet) ; en comptant bien évidemment sur le projet pour lequel le directeur a été recruté.

Il s’agit ainsi de :
- favoriser le dialogue interprofessionnel ;
- d’animer un centre de ressources des métiers du livre (régional et interrégional en lien avec notre fédération, la Fill) ;
- de réaliser une veille (ressources, juridique, technologique, créations extrarégionales, etc.) ;
- de nourrir une plateforme d’échanges et d’informations ;
- d’organiser des groupe de travail thématiques, des journées d’études ;
- d’accompagner un dispositif État/Région d’aide économique aux maisons d’édition et aux librairies ;
- de réaliser un accompagnement individuel en direction des auteur-e-s, des maisons d’édition, des libraires, des bibliothécaires, des manifestations littéraires et des institutionnels ;
- d’organiser des formations ;
- de réaliser des études ;
- de favoriser la promotion des ouvrages édités en région ou dont les auteur-e-s résident en région ;
- de développer la vie littéraire (résidences, auteur-e-s associés, interventions des auteur-e-s de tous ordres) ;
- d’intégrer dans la réflexion les mutations radicales que les technologies numériques impliquent ;
- d’opérer une réflexion transmédia avec nos collègues de l’image (fixe et animée), du spectacle vivant, de la musique et de l’art dit « contemporain ».

  • Quels sont les leviers à votre disposition pour assurer le dynamisme culturel du territoire ?

- Grande latitude à développer des partenariats avec des structures opérationnelles ;
- Animation du fonds pour le développement de l’économie du livre (éditeurs et libraires) ;
- rôle d’expert auprès des institutionnels et des professionnels ;
- site Internet et journal Publication(s) ;
- page Facebook ;
- animation de rencontres, fréquemment en partenariat avec des manifestations (Terres de Paroles, Le goût des autres, etc.) ou des institutions (colloque national « Journées du patrimoine écrit » avec le ministère de la Culture, par exemple).

  • Si vous deviez faire une dédicace aujourd’hui, pour qui serait-elle ?

Pour une amie qui est directrice de la culture d’une collectivité haut-normande, à qui je donne à lire (en plus de ce qu’elle lit déjà par elle-même) une sélection régulière d’ouvrages que j’ai aimés, et qui me voue pour cela une amitié particulière.

Dominique Panchèvre est le directeur de l’Agence régionale du livre et de la lecture de Haute-Normandie

 

1 Commentaire(s) pour cet article

  1. PARE a écrit le :

    M. Panchèvre fait partie de ces tempéraments prescriptifs grâce à qui nos âmes s’élèvent. Dommage que sa parole soit si rare et si confidentielle, elle pourrait profiter à tant d’autres, en quête de pensées intelligentes…

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