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Regard sur le roman graphique au Festival des Écrivains du Monde

Publié le 26 septembre 2013 par Rédaction_

« Lorsqu’on raconte une histoire,
on résout une série de problèmes »

Pendant cinq jours, le Festival des Écrivains du Monde a mis à l’honneur la littérature internationale. Cette première édition s’est articulée autour de performances et débats variés. La table ronde animée par Florence Noiville (Le Monde) a notamment été l’occasion de s’interroger autour de la notion de roman graphique. Réunissant Antonin Baudry (Quai d’Orsay) et Nadja (Les Filles de Montparnasse), le terme de « roman graphique » s’est suffit à lui-même pour encadrer la problématique : les contours du genre, ses forces et ses contraintes.

Une approche terminologique a d’abord été entreprise par rapport à la bande dessinée. Pour Nadja, le roman graphique constitue une appellation « un peu snob », qui revêt une teinte plus littéraire que la BD. Le terme témoigne selon elle de l’impératif d’une certaine qualité et se destine avant tout aux adultes. Antonin Baudry la rejoint dans l’idée de l’exigence au niveau du texte et du propos général. Pour lui, il s’agit d’un concept relativement récent, d’un « truc d’éditeurs ». Serait-ce alors une nouvelle invention marketing ? Pas forcément puisque, comme le souligne le diplomate, une forme ne s’impose pas d’emblée à l’heure d’entamer un projet. Il semble plutôt s’agir d’une prolongation de la BD où les aspects thématiques et de fonds apparaissent fondamentaux. Entre valorisation et distanciation, la considération du roman graphique semble donc demeurer ambivalente.

On peut alors considérer que le roman graphique se positionne à la fois en marge de la BD traditionnelle tout en tentant d’en élargir le champ. Il catalyse c’est certain les rivalités artistiques du genre dessiné.

Bien que relativement distinctes, les méthodologies employées par l’un et l’autre se font écho. Pour leurs différents ouvrages, les auteurs tâtonnent dans un mouvement de va-et-vient entre l’image et le texte. Antonin Baudry nous explique qu’avec l’illustrateur Christophe Blain ils ont suivi une « méthode sur le tas » : constitution du storyboard en binôme suivi d’un véritable jeu de piste pour tout remettre en ordre. Nadja affirme quant à elle « partir à l’aventure », et rebondir successivement sur ce qu’elle vient de terminer. Elle explique aussi que le dessin prime dans son imagination, comme venu d’une intuition. Quoi qu’il en soit, tous deux reconnaissent qu’à un moment, l’écriture ne suffit plus, et qu’il faut donc changer de médium. Dès lors, image et texte contribuent tous deux à faire sens tout en se fondant sur des codes différents.

L’adjonction d’images au texte entraîne certaines contraintes. La première d’entre elles réside dans le nombre de mots, comme l’explique le scénariste de Quai d’Orsay. Chaque image prend de la place, il faut donc se contenir. Nadja parle également d’une obligation de rythme. La dernière image de la page doit par exemple être forte. Mais cette « feuille-contrainte » a également une force puisque grâce à elle le mécanisme devient presque musical. La rédaction du roman graphique ressemble alors à la composition d’une partition. Les auteurs soulignent aussi la force de l’image, l’incarnation. En outre, Antonin Baudry évoque les zones de libertés : les onomatopées permettent de rendre le texte vivant, voire bruyant. Par exemple dans Quai d’Orsay les « vlon » se succèdent à un tel point qu’on entend les portes claquer.

De graphisme, il en a été aussi question dans le rapport de l’écrit et du dessin au cinéma. Le passage à l’écriture scénaristique fait dire à Antonin Baudry que « lorsqu’on raconte une histoire, on résout une série de problèmes ». D’où un travail de storyboard nécessaire. Nadja, elle, ne fait pas de storyboard mais travaille son objet comme l’on monte un film. « L’important c’est d’imaginer comment on fait un film, peu importe s’il se réalise ou pas » conclut-elle.

Roman graphique ou bande dessinée, film ou création visuelle, les hiérarchies ne manquent pas pour caractériser le travail des auteur-e-s. Mais, à l’image de cette table ronde organisée, et ce n’est pas anodin, à la Maison de la Poésie à Paris, c’est bien l’imagination qui les porte et les réunit.

À noter : le troisième volet des Filles de Montparnasse sortira le 4 octobre et l’adaptation cinématographique de Quai d’Orsay sera le 6 novembre dans les salles.

 

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